Voyage au Canada avec Léandre Lachance

Le flamboiement des érables sur l’or des tilleuls… L’éclat des rives du Saint-Laurent, transfigurées par la lumière automnale… La majesté des cascades sur les rapides… La danse des écureuils dans les parcs… et surtout l’accueil chaleureux des bonnes gens du Québec… Qui aurait pu imaginer un tel voyage ?

C’est une folie ! Telle est la première réflexion du Père Pierre lorsque les trente pèlerins se mêlent à la foule bigarrée des voyageurs à l’aéroport de Roissy. Beaucoup sont des habitués de Roc-Estello, mais d’autres vont à la rencontre de saint Joseph, du frère André, de Léandre Lachance, ou tout simplement de la Nouvelle France. « Ce qu’il y a de fou dans ce monde »…, la promesse faite à Léandre, lors de son dernier voyage en France, de venir le retrouver dans son beau pays est tenue !

Sept heures de vol, et une journée de trente heures. Nous nous retrouvons à l’Horeb Saint-Jacques, dans un joli bourg du Nord de Montréal, imposante maison de ressourcement spirituel née en 1979 du désir des soeurs de Sainte-Anne de transformer leur couvent en lieu de retraite pour des groupes chrétiens. L’accueil y est chaleureux et souriant. Lors de la messe dominicale célébrée à 19h00 est entonné le Gloria de Noël… car il est minuit en France ! Commentant l’épisode du jeune homme riche (Luc 16,1-13 : « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima »), le Père Pierre nous invite à être des amis, à nous regarder avec amour pendant ces quelques jours de pèlerinage, car telle est la volonté de Jésus.

Les trois premiers jours sont partagés entre la retraite prêchée par Léandre chaque matin, nous incitant à prendre conscience de notre condition de Choisis de Jésus, et la découverte de la « Belle Province » à travers ses lieux saints. Léandre nous invite dès le premier jour à « donner notre oui inconditionnel, total et définitif ». L’exemple de sa vie, sa présence chaleureuse, son humilité joyeuse nous aident à nous libérer de nos préoccupations pour nous laisser conduire, de lieu en lieu sanctifié, par le Seigneur qui veut « le bonheur des siens, ses choisis ». Ceux qui ne connaissaient pas Léandre sont conquis : son humilité au service du message qui lui est confié ne peut qu’inspirer la confiance. Le « petit commissionnaire de Jésus » est au service de l’Évangile et, pour lui, se met à notre disposition avec tout son coeur : il vit la parole qu’il proclame : « Parce que l’Amour t’aime et que tu te laisses aimer, tu deviens l’amour ». Nous reparlerons de cet enseignement qui renouvelle notre approche de l’Evangile (prochain numéro). Partons maintenant à la découverte du beau pays qu’exalte le doux soleil d’automne. L’été indien démarre, et la « flambée des couleurs » ira crescendo pendant ces jours.

Premier lieu béni : l’Oratoire Saint Joseph. Majestueux sanctuaire dont le dôme est emblématique de la ville et visible à des dizaines de kilomètres à la ronde, il fut construit par étapes successives entre 1924 et 1956 ; il domine la ville de Montréal de par sa situation sur le versant Nord du Mont Royal, colline qui donna son nom à la ville. Il fut bâti sur le lieu où le frère André (1845-1937), canonisé en 2010, avait établi une petite chapelle en bois dédiée à l’Époux de Marie. Postulant en 1870, puis profès en 1874 dans la congrégation de la Sainte-Croix, frère André fut d’abord l’humble portier du collège Notre-Dame, puis l’extraordinaire gardien du lieu de prière qui s’est développé sur le mont. Il a accueilli des milliers de personnes souffrantes ou en quête d’espérance, leur recommandant de prier saint Joseph en qui il mettait toute sa confiance. De nombreuses guérisons miraculeuses sont attribuées à son intercession. Aujourd’hui, saint frère André est vénéré dans le monde entier.

Un tour de ville nous permet, malgré les « congestions » (embouteillages en canadien), de ressentir l’ambiance de cette capitale cosmopolite où cohabitent de nombreuses communautés, conséquence de migrations successives. Dès que l’on sort du centre d’affaires où ont poussé des buildings de style américain, les rues sont larges, les maisons de bois ou de brique n’excèdent pas deux ou trois étages. La colline du Mont-Royal est un poumon de verdure qui fait la joie des familles montréalaises. Nous découvrons quelques lieux emblématiques : le stade olympique, d’une capacité d’accueil de 65 000 personnes, est un chef d’oeuvre d’architecture moderne construit pour les Jeux de 1976. L’île Sainte Hélène accueillit 50 millions de visiteurs lors de l’Exposition Universelle de 1967. Le pavillon de la France, vaste structure de métal et de verre, est toujours debout. La journée se termine par une messe à la cathédrale « Marie Reine du Monde », construite à la fin du XIXe siècle sur le modèle de Saint Pierre de Rome. Au sommet de la façade, les statues des saints patrons de treize paroisses montréalaises dominent le parvis au lieu de celles des douze Apôtres, comme à Rome. A l’intérieur, le baldaquin est également copié sur celui du Bernin. Nous participons à l’eucharistie du soir et animons la messe par nos chants de louange.

Le troisième jour est bucolique, avec une promenade dans les sous-bois rougeoyants du parc des chutes de Dorwin. Nous sommes plongés dans la splendeur de l’automne québécois, et chacun, à son gré, observe, médite, herborise. Après avoir fait le plein de sensations, nous sommes accueillis à la toute proche paroisse de Rawdon par les autorités municipales et religieuses. La commune est fière de regrouper sur son territoire une « partie du monde entier ». En effet, plus de 40 communautés y cohabitent et donnent une image de mosaïque culturelle. La visite du cimetière et de la chapelle orthodoxe russe (en bois) nous fait comprendre le modèle d’assimilation du Canada, qui n’exclut pas une dose de communautarisme bien compris.

Jeudi, nous allons à Sherbrooke, dans les cantons de l’Est, à 150 kilomètres de Montréal. Nous sommes accueillis par la Famille Marie-Jeunesse, qui énonce ainsi son charisme : « Pour la beauté et la joie de Dieu, vivre tout l’Évangile avec Marie dans l’unité, la fraternité et la charité joyeuse ». Et c’est bien la joie qui illumine les visages des 135 membres engagés ou des « regardants », tous âgés de moins de 35 ans, et des 13 prêtres. La mission principale de cette communauté nouvelle est l’accueil et l’évangélisation des jeunes, et la réponse aux besoins de l’Église là où elle est implantée. Belle messe avec chants liturgiques spirituels et doux. Partage fraternel lors du repas. Au dessert, le père Pierre nous démontre magistralement en quoi nous sommes « choisis de Jésus » et l’appel qui en découle à ce que nous soyons prêtres, prophètes et rois pour l’humanité. La chorale nous envoie en mission avec un chant inspiré des paroles de saint Bernard : « Regarde l’étoile, invoque Marie », et nous regagnons le bus ; « C’est comme des enfants qui raccompagnent leurs parents », nous dit Geneviève, une communautaire. Vraiment, cette rencontre pleine d’espérance demeurera gravée dans nos mémoires, et nous resterons en communion spirituelle.

Non loin de là se cache la « cabane à Léandre », une cabane à sucre, aux fins fonds de la forêt. C’est là qu’il fabrique son sirop d’érable. La sève est récoltée au printemps, lorsque le différentiel de température entre le jour et la nuit est important. Puis l’eau d’érable est transformée en sirop à l’aide d’un système de bouilloires et de cuves où la concentration en sucre s’accroît à chaque ébullition. C’est l’occasion de festives « parties de sucre » au cours desquelles le sirop est consommé, soit comme assaisonnement de mets très caloriques (des « fèves au lard » par exemple), car il fait encore bien froid, soit sous forme de « tire », sirop concentré déposé sur la neige pour qu’il se compacte. L’accueil de Léandre, d’Élisabeth et d’une famille de leurs enfants est très chaleureux, dans cette « cabane au Canada ».

Vendredi, nous partons vers Québec. Première halte à mi-chemin à Trois-Rivières, ville portuaire qui fut fondée à la fin du XVIe siècle, avant Montréal, et qui fut un lieu important de commerce des fourrures avec les populations autochtones. C’est l’occasion d’évoquer les exploits des premiers explorateurs et évangélisateurs français de la Nouvelle France, qui partirent du Québec en canot pour rejoindre la Nouvelle-Orléans. En 1949, Jean Raspail et trois compagnons s’embarquèrent de Trois-Rivières pour reproduire leur aventure. Nous admirons les vitraux de la cathédrale, considérés comme les plus beaux du pays.

Nous rejoignons ensuite Notre-Dame du Cap, lieu de pèlerinage en bordure du Saint-Laurent ; nous y sommes accueillis par le frère Thierry-Joseph, Carme, dont le couvent est tout proche. Premier sanctuaire marial d’Amérique du Nord, le lieu est très fréquenté par les Canadiens et les Américains. La messe est célébrée dans la chapelle ancienne, du début du XVIIIe siècle, consacrée à Notre-Dame. La Vierge y réalisa plusieurs prodiges : l’hiver 1878, le Saint-Laurent ne gelait pas, et les habitants de la rive Sud du Saint Laurent ne pouvaient venir apporter les pierres nécessaires à la construction d’un nouveau sanctuaire… À la fin de l’hiver, en mars, un passage de glace se forme d’une rive à l’autre du fleuve, permettant l’acheminement des matériaux. Autre prodige, le jour de la dédicace du sanctuaire à la Vierge, en 1888, la statue de Notre-Dame, particulière car elle est enceinte de Notre Seigneur, ouvre grand les yeux devant des priants. Après le déjeuner, le frère Thierry-Joseph, ancien Prieur du couvent des Carmes de Montpellier, nous partage son enthousiasme devant la renaissance spirituelle de la province qui s’était éloignée de la pratique religieuse lors de la « révolution tranquille » des années 1970. Il nous témoigne notamment de son apostolat auprès des familles. Nous arrivons en soirée au sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, sur l’estuaire du grand fleuve. La grand-mère de Jésus y est vénérée depuis 1658. Ce lieu de pèlerinage accueille chaque année plus d’un million de pèlerins. La basilique actuelle, consacrée en 1976, majestueuse, est décorée de belles peintures, mosaïques et sculptures. Elle accueille nos dévotions pendant deux jours. En soirée, un échange avec trois religieuses de Sainte Chrétienne nous fait percevoir l’étendue de la déchristianisation des années soixante et les problèmes que cela pose à leur congrégation, frappée de plein fouet… mais qui renaît sur le continent africain.

La journée du samedi commence dans la nature. D’abord sur le site de la majestueuse chute Montmorency ; ses 83 mètres de hauteur lui font dépasser de 30 mètres les chutes du Niagara ; la puissance de la cascade laisse échapper un halo de brume où brille un arc-en-ciel ; les plus courageux grimpent jusqu’aux belvédères qui dominent aussi le Saint-Laurent et l’Île d’Orléans. C’est dans cette île que nous pérégrinons ensuite ; ce petit paradis a été rendu célèbre par le poète Félix Leclerc qui la chante ainsi : « Quarante-deux miles de choses tranquilles… été, hiver, y a l’tour de l’île, l’Île d’Orléans… Maisons de bois, maisons de pierre, clochers pointus, et dans les fonds, des pâturages de silence. »

Nous rejoignons ensuite la ville de Québec, capitale provinciale. Elle fut fondée en 1608 par Samuel de Champlain, son architecture en fait la tête de pont de la vieille France sur le nouveau continent. La Basse-ville est le quartier ancien, avec sa place royale, située à l’endroit même où Champlain bâtit son habitation. La Haute-ville domine l’estuaire du Saint-Laurent, majestueux, pris dans les glaces l’hiver. Le château Frontenac, hôtel bâti au début du XXe siècle, est emblématique de Québec. À ses pieds, la promenade des gouverneurs conduit le flâneur jusqu’au Plaines d’Abraham, où le général britannique James Wolf défit les maigres troupes du marquis de Montcalm qui y laissa la vie. C’était le 13 Septembre 1759, et ainsi s’évanouit le rêve de la « Nouvelle-France ». Voltaire eut sa part de responsabilité dans cet abandon incohérent, lui qui démotiva ses compatriotes en qualifiant ce vaste et magnifique territoire de « quelques arpents de neige». Les élites françaises furent alors renvoyées en France ou déportées en Louisiane et ne resta sur place que le petit peuple, à la botte des Anglais… Les cicatrices restent profondes dans la communauté canadienne française qu’indispose l’effigie de la « Queen Elisabeth » sur les billets de banque !

Nous sommes accueillis à la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec par Monseigneur Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de la ville, lui-même. Tout rappelle dans l’édifice la mémoire de Monseigneur de Laval, devenu le premier évêque du lieu, après avoir été nommé en 1658 vicaire apostolique de la Nouvelle-France. Tout évoque aussi l’étendue de ce territoire immense qui s’étendait de la baie d’Hudson à la Louisiane. Nous sommes impressionnés par le dynamisme missionnaire de ce prélat… qui nous fait chaud au coeur ! « La clef de ma cathédrale, comme la clef de notre foi, toujours et en tout, c’est le Christ ressuscité ! », proclame-t-il.

La messe dominicale est célébrée dans la chapelle de la basilique Sainte-Anne, après quoi nous nous dirigeons vers le village indien huron de Wendats. Des habitations traditionnelles y sont reconstituées, les modes de vie évoqués. Cette tribu indienne était alliée des Français, alors que les Iroquois l’étaient des Anglais. Elle fut dispersée comme ses protecteurs. Nous regagnons ensuite Montréal en empruntant le Chemin du Roy, première route construite en 1708 en Nouvelle-France ; il reliait les différentes seigneuries le long du fleuve Saint-Laurent où résidaient la majorité des habitants. Le parcours entre Québec et Montréal durait alors quatre à six jours. Hélas, aucun roi de France ne vint le parcourir, mais nous profitons d’un peu de temps libre pour musarder au coeur des vieux villages aux belles demeures et aux églises typiques, le long du fleuve.

Dernière journée dans le vieux Montréal, nous passons la matinée à la basilique Notre-Dame, sur la Place d’Armes. Construite à la fin du XIX° siècle par un architecte français dans un style néo-gothique, sa décoration intérieure est largement inspirée de la Sainte-Chapelle de Paris. C’est là que nous participons à notre dernière messe québécoise. L’après-midi, les uns et les autres se dispersent dans le quartier, quelques-uns vers l’hôtel de ville – c’est à son balcon que le général de Gaulle prononça son célèbre « Vive le Québec libre ! » – quelques autres sur les quais du port… sans oublier le « magasinage ». Ultime étape avant l’aéroport, un moment de recueillement sur la tombe de sainte Kateri Tekakwitha, première amérindienne à être canonisée, en 2011, par le pape Benoît XVI. L’église est tenue par des « natifs », Indiens isolés dans cette banlieue de Montréal, autrefois perdue au coeur des forêts. Un au-revoir bouleversant pour beaucoup, humble baiser d’un peuple décimé à ses visiteurs…

Il me reste un pays à te dire, il me reste un pays à aimer… il est au tréfonds de toi…, chante Gilles Vignault. Oui, nous sommes tous repartis amoureux de la Belle Province particulièrement en beauté en ce superbe été indien. Les liens d’amitié évoqués en début de pèlerinage se sont réellement approfondis, chacun a vécu un beau parcours spirituel, guidé par Léandre Lachance et notre cher Père Pierre… Finalement, ce n’était pas tant folie que de venir visiter nos lointains cousins !

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29 janvier 2014
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Le flamboiement des érables sur l’or des tilleuls… L’éclat des rives du Saint-Laurent, transfigurées par la lumière automnale… La majesté des cascades sur les rapides… La danse des écureuils dans les parcs… et surtout l’accueil chaleureux des bonnes gens du Québec… Qui aurait pu imaginer un tel voyage ?

C’est une folie ! Telle est la première réflexion du Père Pierre lorsque les trente pèlerins se mêlent à la foule bigarrée des voyageurs à l’aéroport de Roissy. Beaucoup sont des habitués de Roc-Estello, mais d’autres vont à la rencontre de saint Joseph, du frère André, de Léandre Lachance, ou tout simplement de la Nouvelle France. « Ce qu’il y a de fou dans ce monde »…, la promesse faite à Léandre, lors de son dernier voyage en France, de venir le retrouver dans son beau pays est tenue !

Sept heures de vol, et une journée de trente heures. Nous nous retrouvons à l’Horeb Saint-Jacques, dans un joli bourg du Nord de Montréal, imposante maison de ressourcement spirituel née en 1979 du désir des soeurs de Sainte-Anne de transformer leur couvent en lieu de retraite pour des groupes chrétiens. L’accueil y est chaleureux et souriant. Lors de la messe dominicale célébrée à 19h00 est entonné le Gloria de Noël… car il est minuit en France ! Commentant l’épisode du jeune homme riche (Luc 16,1-13 : « Jésus posa son regard sur lui et il l’aima »), le Père Pierre nous invite à être des amis, à nous regarder avec amour pendant ces quelques jours de pèlerinage, car telle est la volonté de Jésus.

Les trois premiers jours sont partagés entre la retraite prêchée par Léandre chaque matin, nous incitant à prendre conscience de notre condition de Choisis de Jésus, et la découverte de la « Belle Province » à travers ses lieux saints. Léandre nous invite dès le premier jour à « donner notre oui inconditionnel, total et définitif ». L’exemple de sa vie, sa présence chaleureuse, son humilité joyeuse nous aident à nous libérer de nos préoccupations pour nous laisser conduire, de lieu en lieu sanctifié, par le Seigneur qui veut « le bonheur des siens, ses choisis ». Ceux qui ne connaissaient pas Léandre sont conquis : son humilité au service du message qui lui est confié ne peut qu’inspirer la confiance. Le « petit commissionnaire de Jésus » est au service de l’Évangile et, pour lui, se met à notre disposition avec tout son coeur : il vit la parole qu’il proclame : « Parce que l’Amour t’aime et que tu te laisses aimer, tu deviens l’amour ». Nous reparlerons de cet enseignement qui renouvelle notre approche de l’Evangile (prochain numéro). Partons maintenant à la découverte du beau pays qu’exalte le doux soleil d’automne. L’été indien démarre, et la « flambée des couleurs » ira crescendo pendant ces jours.

Premier lieu béni : l’Oratoire Saint Joseph. Majestueux sanctuaire dont le dôme est emblématique de la ville et visible à des dizaines de kilomètres à la ronde, il fut construit par étapes successives entre 1924 et 1956 ; il domine la ville de Montréal de par sa situation sur le versant Nord du Mont Royal, colline qui donna son nom à la ville. Il fut bâti sur le lieu où le frère André (1845-1937), canonisé en 2010, avait établi une petite chapelle en bois dédiée à l’Époux de Marie. Postulant en 1870, puis profès en 1874 dans la congrégation de la Sainte-Croix, frère André fut d’abord l’humble portier du collège Notre-Dame, puis l’extraordinaire gardien du lieu de prière qui s’est développé sur le mont. Il a accueilli des milliers de personnes souffrantes ou en quête d’espérance, leur recommandant de prier saint Joseph en qui il mettait toute sa confiance. De nombreuses guérisons miraculeuses sont attribuées à son intercession. Aujourd’hui, saint frère André est vénéré dans le monde entier.

Un tour de ville nous permet, malgré les « congestions » (embouteillages en canadien), de ressentir l’ambiance de cette capitale cosmopolite où cohabitent de nombreuses communautés, conséquence de migrations successives. Dès que l’on sort du centre d’affaires où ont poussé des buildings de style américain, les rues sont larges, les maisons de bois ou de brique n’excèdent pas deux ou trois étages. La colline du Mont-Royal est un poumon de verdure qui fait la joie des familles montréalaises. Nous découvrons quelques lieux emblématiques : le stade olympique, d’une capacité d’accueil de 65 000 personnes, est un chef d’oeuvre d’architecture moderne construit pour les Jeux de 1976. L’île Sainte Hélène accueillit 50 millions de visiteurs lors de l’Exposition Universelle de 1967. Le pavillon de la France, vaste structure de métal et de verre, est toujours debout. La journée se termine par une messe à la cathédrale « Marie Reine du Monde », construite à la fin du XIXe siècle sur le modèle de Saint Pierre de Rome. Au sommet de la façade, les statues des saints patrons de treize paroisses montréalaises dominent le parvis au lieu de celles des douze Apôtres, comme à Rome. A l'intérieur, le baldaquin est également copié sur celui du Bernin. Nous participons à l’eucharistie du soir et animons la messe par nos chants de louange.

Le troisième jour est bucolique, avec une promenade dans les sous-bois rougeoyants du parc des chutes de Dorwin. Nous sommes plongés dans la splendeur de l’automne québécois, et chacun, à son gré, observe, médite, herborise. Après avoir fait le plein de sensations, nous sommes accueillis à la toute proche paroisse de Rawdon par les autorités municipales et religieuses. La commune est fière de regrouper sur son territoire une « partie du monde entier ». En effet, plus de 40 communautés y cohabitent et donnent une image de mosaïque culturelle. La visite du cimetière et de la chapelle orthodoxe russe (en bois) nous fait comprendre le modèle d’assimilation du Canada, qui n’exclut pas une dose de communautarisme bien compris.

Jeudi, nous allons à Sherbrooke, dans les cantons de l’Est, à 150 kilomètres de Montréal. Nous sommes accueillis par la Famille Marie-Jeunesse, qui énonce ainsi son charisme : « Pour la beauté et la joie de Dieu, vivre tout l’Évangile avec Marie dans l’unité, la fraternité et la charité joyeuse ». Et c’est bien la joie qui illumine les visages des 135 membres engagés ou des « regardants », tous âgés de moins de 35 ans, et des 13 prêtres. La mission principale de cette communauté nouvelle est l’accueil et l’évangélisation des jeunes, et la réponse aux besoins de l’Église là où elle est implantée. Belle messe avec chants liturgiques spirituels et doux. Partage fraternel lors du repas. Au dessert, le père Pierre nous démontre magistralement en quoi nous sommes « choisis de Jésus » et l’appel qui en découle à ce que nous soyons prêtres, prophètes et rois pour l’humanité. La chorale nous envoie en mission avec un chant inspiré des paroles de saint Bernard : « Regarde l’étoile, invoque Marie », et nous regagnons le bus ; « C’est comme des enfants qui raccompagnent leurs parents », nous dit Geneviève, une communautaire. Vraiment, cette rencontre pleine d’espérance demeurera gravée dans nos mémoires, et nous resterons en communion spirituelle.

Non loin de là se cache la « cabane à Léandre », une cabane à sucre, aux fins fonds de la forêt. C’est là qu’il fabrique son sirop d'érable. La sève est récoltée au printemps, lorsque le différentiel de température entre le jour et la nuit est important. Puis l’eau d'érable est transformée en sirop à l'aide d'un système de bouilloires et de cuves où la concentration en sucre s'accroît à chaque ébullition. C’est l’occasion de festives « parties de sucre » au cours desquelles le sirop est consommé, soit comme assaisonnement de mets très caloriques (des « fèves au lard » par exemple), car il fait encore bien froid, soit sous forme de « tire », sirop concentré déposé sur la neige pour qu’il se compacte. L’accueil de Léandre, d’Élisabeth et d’une famille de leurs enfants est très chaleureux, dans cette « cabane au Canada ».

Vendredi, nous partons vers Québec. Première halte à mi-chemin à Trois-Rivières, ville portuaire qui fut fondée à la fin du XVIe siècle, avant Montréal, et qui fut un lieu important de commerce des fourrures avec les populations autochtones. C’est l’occasion d’évoquer les exploits des premiers explorateurs et évangélisateurs français de la Nouvelle France, qui partirent du Québec en canot pour rejoindre la Nouvelle-Orléans. En 1949, Jean Raspail et trois compagnons s’embarquèrent de Trois-Rivières pour reproduire leur aventure. Nous admirons les vitraux de la cathédrale, considérés comme les plus beaux du pays.

Nous rejoignons ensuite Notre-Dame du Cap, lieu de pèlerinage en bordure du Saint-Laurent ; nous y sommes accueillis par le frère Thierry-Joseph, Carme, dont le couvent est tout proche. Premier sanctuaire marial d’Amérique du Nord, le lieu est très fréquenté par les Canadiens et les Américains. La messe est célébrée dans la chapelle ancienne, du début du XVIIIe siècle, consacrée à Notre-Dame. La Vierge y réalisa plusieurs prodiges : l’hiver 1878, le Saint-Laurent ne gelait pas, et les habitants de la rive Sud du Saint Laurent ne pouvaient venir apporter les pierres nécessaires à la construction d’un nouveau sanctuaire… À la fin de l’hiver, en mars, un passage de glace se forme d’une rive à l’autre du fleuve, permettant l’acheminement des matériaux. Autre prodige, le jour de la dédicace du sanctuaire à la Vierge, en 1888, la statue de Notre-Dame, particulière car elle est enceinte de Notre Seigneur, ouvre grand les yeux devant des priants. Après le déjeuner, le frère Thierry-Joseph, ancien Prieur du couvent des Carmes de Montpellier, nous partage son enthousiasme devant la renaissance spirituelle de la province qui s’était éloignée de la pratique religieuse lors de la « révolution tranquille » des années 1970. Il nous témoigne notamment de son apostolat auprès des familles. Nous arrivons en soirée au sanctuaire de Sainte-Anne de Beaupré, sur l’estuaire du grand fleuve. La grand-mère de Jésus y est vénérée depuis 1658. Ce lieu de pèlerinage accueille chaque année plus d’un million de pèlerins. La basilique actuelle, consacrée en 1976, majestueuse, est décorée de belles peintures, mosaïques et sculptures. Elle accueille nos dévotions pendant deux jours. En soirée, un échange avec trois religieuses de Sainte Chrétienne nous fait percevoir l’étendue de la déchristianisation des années soixante et les problèmes que cela pose à leur congrégation, frappée de plein fouet… mais qui renaît sur le continent africain.

La journée du samedi commence dans la nature. D’abord sur le site de la majestueuse chute Montmorency ; ses 83 mètres de hauteur lui font dépasser de 30 mètres les chutes du Niagara ; la puissance de la cascade laisse échapper un halo de brume où brille un arc-en-ciel ; les plus courageux grimpent jusqu’aux belvédères qui dominent aussi le Saint-Laurent et l’Île d’Orléans. C’est dans cette île que nous pérégrinons ensuite ; ce petit paradis a été rendu célèbre par le poète Félix Leclerc qui la chante ainsi : « Quarante-deux miles de choses tranquilles… été, hiver, y a l'tour de l'île, l'Île d'Orléans… Maisons de bois, maisons de pierre, clochers pointus, et dans les fonds, des pâturages de silence. »

Nous rejoignons ensuite la ville de Québec, capitale provinciale. Elle fut fondée en 1608 par Samuel de Champlain, son architecture en fait la tête de pont de la vieille France sur le nouveau continent. La Basse-ville est le quartier ancien, avec sa place royale, située à l’endroit même où Champlain bâtit son habitation. La Haute-ville domine l’estuaire du Saint-Laurent, majestueux, pris dans les glaces l’hiver. Le château Frontenac, hôtel bâti au début du XXe siècle, est emblématique de Québec. À ses pieds, la promenade des gouverneurs conduit le flâneur jusqu’au Plaines d’Abraham, où le général britannique James Wolf défit les maigres troupes du marquis de Montcalm qui y laissa la vie. C’était le 13 Septembre 1759, et ainsi s’évanouit le rêve de la « Nouvelle-France ». Voltaire eut sa part de responsabilité dans cet abandon incohérent, lui qui démotiva ses compatriotes en qualifiant ce vaste et magnifique territoire de « quelques arpents de neige». Les élites françaises furent alors renvoyées en France ou déportées en Louisiane et ne resta sur place que le petit peuple, à la botte des Anglais... Les cicatrices restent profondes dans la communauté canadienne française qu’indispose l’effigie de la « Queen Elisabeth » sur les billets de banque !

Nous sommes accueillis à la basilique cathédrale Notre-Dame de Québec par Monseigneur Gérald Cyprien Lacroix, archevêque de la ville, lui-même. Tout rappelle dans l’édifice la mémoire de Monseigneur de Laval, devenu le premier évêque du lieu, après avoir été nommé en 1658 vicaire apostolique de la Nouvelle-France. Tout évoque aussi l’étendue de ce territoire immense qui s’étendait de la baie d’Hudson à la Louisiane. Nous sommes impressionnés par le dynamisme missionnaire de ce prélat… qui nous fait chaud au coeur ! « La clef de ma cathédrale, comme la clef de notre foi, toujours et en tout, c’est le Christ ressuscité ! », proclame-t-il.

La messe dominicale est célébrée dans la chapelle de la basilique Sainte-Anne, après quoi nous nous dirigeons vers le village indien huron de Wendats. Des habitations traditionnelles y sont reconstituées, les modes de vie évoqués. Cette tribu indienne était alliée des Français, alors que les Iroquois l’étaient des Anglais. Elle fut dispersée comme ses protecteurs. Nous regagnons ensuite Montréal en empruntant le Chemin du Roy, première route construite en 1708 en Nouvelle-France ; il reliait les différentes seigneuries le long du fleuve Saint-Laurent où résidaient la majorité des habitants. Le parcours entre Québec et Montréal durait alors quatre à six jours. Hélas, aucun roi de France ne vint le parcourir, mais nous profitons d’un peu de temps libre pour musarder au coeur des vieux villages aux belles demeures et aux églises typiques, le long du fleuve.

Dernière journée dans le vieux Montréal, nous passons la matinée à la basilique Notre-Dame, sur la Place d’Armes. Construite à la fin du XIX° siècle par un architecte français dans un style néo-gothique, sa décoration intérieure est largement inspirée de la Sainte-Chapelle de Paris. C’est là que nous participons à notre dernière messe québécoise. L’après-midi, les uns et les autres se dispersent dans le quartier, quelques-uns vers l’hôtel de ville – c’est à son balcon que le général de Gaulle prononça son célèbre « Vive le Québec libre ! » - quelques autres sur les quais du port… sans oublier le « magasinage ». Ultime étape avant l’aéroport, un moment de recueillement sur la tombe de sainte Kateri Tekakwitha, première amérindienne à être canonisée, en 2011, par le pape Benoît XVI. L’église est tenue par des « natifs », Indiens isolés dans cette banlieue de Montréal, autrefois perdue au coeur des forêts. Un au-revoir bouleversant pour beaucoup, humble baiser d’un peuple décimé à ses visiteurs…

Il me reste un pays à te dire, il me reste un pays à aimer… il est au tréfonds de toi…, chante Gilles Vignault. Oui, nous sommes tous repartis amoureux de la Belle Province particulièrement en beauté en ce superbe été indien. Les liens d’amitié évoqués en début de pèlerinage se sont réellement approfondis, chacun a vécu un beau parcours spirituel, guidé par Léandre Lachance et notre cher Père Pierre… Finalement, ce n’était pas tant folie que de venir visiter nos lointains cousins !

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